La chasse : un phénomène de société, au cœur du patrimoine naturel
La chasse est, dans l’Aude, un phénomène social de première importance. Elle fait partie intégrante du patrimoine culturel, au même titre, par exemple, que les châteaux cathares ou la civilisation viticole. Axées autour de la légitimité ou non de la pratique, les discussions actuelles sur la chasse ont souvent pour conséquence d’effacer cet aspect capital. Entre partisans et détracteurs, on dirait que l’on se trouve en permanence sommé de choisir un camp, cette obligation conduisant à faire l’économie d’une étude, détaillée et sereine, sur les pratiques contemporaines. La chasse n’est pas un simple conservatoire de traditions anciennes. Il nous semble important de rappeler qu’elle s’inscrit dans la modernité et que ses façons de dire et de faire évoluent avec la marche du monde. Hier personne ne parlait d’écologie, le mot n’existait pas, aujourd’hui tout le monde en parle, les chasseurs plus que les autres. Pas seulement pour se défendre des critiques qui leur sont faites et parce que l’écologie fait désormais partie de la conscience collective, mais aussi parce qu’ils ont le sentiment d’être à la pointe du combat. Les territoires de chasse ne sont pas seulement géographiques, ce sont aussi et surtout des univers symboliques investis de valeurs particulières. Les gibiers qui y vivent sont chargés d’attributs différents, et les hommes qui y chassent semblent, à leur tour, marqués, comme par assimilation, par les mêmes qualités distinctives. Au-delà de la variété même des techniques qu’elle implique, la diversité des types de chasse, au grand ou au petit gibier, avec ou sans le chien, aux oiseaux ou à terre, traduit l’ensemble des rapports que l’homme entretient avec le milieu naturel. C’est ainsi, par exemple, que les chasseurs, dans leurs courses tantôt plutôt sportives, tantôt plutôt contemplatives, relient deux pôles opposés : celui d’un monde sauvage essentiellement perçu comme un univers dangereux qu’il convient de maîtriser, et celui d’une nature, lieu d’harmonie idéale.
extrait du livre « Entre garrigues et rivages, paroles de chasseurs » de Christiane Amiel, co-éditon PNR-Garae



Des cultures et des hommes