La pêche lagunaire : une activité traditionnelle fortement ancrée sur le territoire
Depuis des temps immémoriaux, les étangs littoraux ont été exploités pour la pêche. Leur faible profondeur, les rives toujours proches, les rendent accessibles avec des moyens élémentaires. La richesse en sels nutritifs, de fortes températures dès le printemps dans les étangs, favorisent une très forte production biologique, abondante source de nourriture pour quelques espèces de poissons (anguilles, loups, daurades, soles, muges …), de crustacés et coquillages, capables de s’y développer malgré les fortes variations de salinité, de température ou d’oxygène… Les espèces mobiles, poissons, crevettes, crabes, entrent et sortent des étangs en fonction des saisons. Ces migrations périodiques par les graus, bien connues des pêcheurs, permettent des captures abondantes avec des barrages, sortes de pêcheries collectives organisées et très réglementées par les prud’homies locales. C’est ainsi qu’à l’automne, l’activité du pêcheur peut se confondre avec celle du chasseur au gibier d’eau.
Toujours artisanale, la pêche en étang a mis en œuvre une variété considérable d’engins de toutes sortes, adaptés à toutes les espèces et à tous les milieux, variant d’un village de pêcheurs à un autre. Ces pratiques sont décrites en détail dans un volumineux ouvrage « Les étangs saumâtres du Midi de la France et leurs pêcheries » du à F. Gourret et publié il y a plus d’un siècle, en 1897. On pouvait encore voir alors des barques à voile navigant en couple, tirant un petit chalut.
Depuis la généralisation de l’usage des fibres synthétiques et de la motorisation des barques de pêche, pratiques et matériels se sont simplifiés. Ce que l’on voit sur tous les étangs sont généralement des triples nasses, appelés localement les « trabacs », dont un croquis explique mieux le fonctionnement qu’une longue description.D'après un texte d’Henri Boutière sur l’étang de La Palme, décembre 2001.
Actuellement, l’activité de pêche artisanale sur les étangs de Bages-Sigean, Gruissan, Ayrolle, Campignol et La Palme fait vivre une soixantaine d’entreprises familiales, essentiellement centrées sur l’exploitation de l’anguille. Le maintien d’une activité économique viable sur ces étangs parait dépendre à la fois de l’amélioration des conditions écologiques du milieu lagunaire et des capacités de la profession à valoriser au mieux ses productions.



Des cultures et des hommes
