De la renaissance à nos jours

La Renaissance : le nom de cette époque n’est pas très approprié en Narbonnaise, car depuis le XIVè siècle la Narbonnaise est en crise.

La Narbonnaise est encore l’extrême sud de la France, frontalier avec l’Espagne et constitue le principal axe de passage vers ce pays et notamment vers la Catalogne. Les guerres avec l’Espagne renforcent cette position stratégique mais entraînent de nombreuses destructions.

En 1560 Sigean, qui fut longtemps la ville la plus au sud du royaume de France, fut prise par les espagnols. Les maisons furent pillées et brûlées, les remparts en partie démolis et les archives détruites.

La Narbonnaise est donc victime de crises économiques et de conflits qui provoquent son déclin démographique. De nombreux armateurs la quittent pour d’autres ports de la Méditerranée. Les consuls de Narbonne épuisent leurs finances pour entretenir et maintenir en eau la Robine lien vital avec le littoral. Mais inexorablement les secteurs portuaires se sont déplacés. La Nautique située au Nord de l’étang de Bages-Sigean était le principal port de Narbonne depuis les romains, mais l’envasement de la lagune diminue son importance. Les navires un temps débarquent leurs marchandises dans les eaux profondes aux pieds des falaises de Leucate, mais ce site ne se développera pas à cause de son éloignement de Narbonne. Une grande opportunité est manquée avec la création sous le règne de Louis XIV du Canal du Midi. Il fut envisagé que la Robine soit le débouché maritime de ce canal. Mais le canal partira vers l’étang de Thau et le port de Sète sera créé pour l’occasion, étouffant un peu plus l’activité portuaire de la Narbonnaise.

Enfin, au début du XIXème siècle, pour palier à l’envasement de l’étang de Bages-Sigean, c’est à son embouchure avec la mer qu’est créé Port la Nouvelle, lequel sera relié plus tard directement au canal de la Robine.

La Narbonnaise sera sauvée par son agriculture. Longtemps cette région vécut sur une polyculture méditerranéenne alliant céréales, viticulture, olives et miel (le miel de Narbonne avait une réputation d’excellence incomparable dans l’Antiquité), associée aux produits de la mer (poissons coquillages…) mais aussi au sel de ses salines.

La véritable renaissance de la Narbonnaise arriva à l’époque de Napoléon III, avec le chemin de fer et la spécialisation agricole des régions française. La viticulture prit alors la première place. La Narbonnaise fut l'une des dernières régions de France touchée par la crise du phylloxéra. Chaque récolte rapportait un « héritage » disait-on alors, car le sud du Languedoc et le Roussillon étaient devenus les dernières régions pouvant produire à l’abri de la maladie. Quand en France des solutions furent trouvées contre le phylloxéra, la surproduction guettait et cela déboucha sur la grave crise viticole de 1907. De crise en crise la Viticulture Narbonnaise se tourna résolument vers la qualité avec la mise en place des Appellations d’Origine Contrôlée Fitou (dès 1948), puis Corbières, Coteaux du Languedoc (la Clape et Quatourze).

A partir du début du XXème siècle le tourisme fut aussi en pleine croissance. Cela débuta avec la petite station familiale de la Franqui à côté de Leucate, Port la Nouvelle et ce qui allait devenir Narbonne-plage accueillirent aussi quelques familles voulant goûter à la mode des bains de mer. Les stations de St Pierre, Narbonne plage, Port la Nouvelle, Leucate/la Franqui se développèrent petit à petit. Dans les années 60, la « Mission Racine » aménagea le Languedoc Roussillon pour développer l’offre en tourisme balnéaire. En Narbonnaise, seuls Port Leucate et Gruissan furent aménagés dans ce cadre.

La chance du Littoral de la Narbonnaise est de conserver une majorité d’espaces vierges (c’est après le littoral Corse, le littoral le moins urbanisé de la Méditerranée Française).

C’est surtout la qualité et la richesse de ses milieux naturels et de son patrimoine qui a permis à la Narbonnaise d’obtenir en 2003 le label Parc Naturel Régional et en 2006 le label International RAMSAR pour ses étangs. La Narbonnaise s’est maintenant tournée résolument vers la protection de l’environnement et le développement durable, consciente du rôle très important joué par les éléments naturels dans son évolution économique.