Opération Pins d’Alep

OPÉRATION PINS D’ALEP

Objectif Pelouses !

Les pelouses sèches méditerranéennes sont des milieux naturels d’une grande biodiversité. Orchidées et autres plantes à fleurs, mais aussi passereaux, reptiles, insectes, y habitent. Des espèces devenues rares aujourd’hui dépendent de la préservation de ces pelouses : Traquet oreillard, Cochevis de Thekla, Bruant ortolan, Lézard ocellé, … Ce sont aussi des territoires de chasse pour de grands rapaces tels l’emblématique et rarissime Aigle de Bonelli, mais aussi busards, faucons, etc. Ces pelouses sont menacées par la fermeture des milieux, en particulier dans des secteurs gagnés par le très dynamique Pin d’Alep.

Ainsi, chaque année, le Parc organise ou encadre des chantiers de coupe des Pins d’Alep sur des parcelles (publiques) où ils colonisent des pelouses. En limitant l’expansion de cet arbre pyrophile, ces opérations contribuent aussi à limiter le risque incendie…

Les plus médiatiques sont les chantiers organisés dans le cadre de l’Opération Pins d’Alep de Noël.

L’opération coordonnée par le Parc consiste, chaque mois de décembre, à couper des Pins sur des pelouses riches en biodiversité. Les employés communaux des communes partenaires et les agents du PNR travaillent de concert afin de couper des pins qui sont ensuite distribués gratuitement pour être ornés de guirlandes et boules de Noël et trôner fièrement dans les foyers du territoire. Les habitants peuvent ainsi renouer avec la tradition de décorer pour Noël un arbre coupé localement, et améliorer leur bilan carbone en évitant l’achat d’un arbre parfois cultivé bien loin…

Le vrai du faux sur le Pin d’Alep

D’ici ou pas d’ici ?

Le pin d’Alep (Pinus halepensis) ou pin blanc de Provence, est un conifère de la famille des Pinacées. C’est le botaniste écossais Philip Miller qui lui donna abusivement ce nom scientifique, en 1768. Depuis, la paléogéographie a démontré qu’il était bel et bien nord méditerranéen, donc bien “d’ici”.

Victime du feu ou pyromane ?

Le pin d’Alep est un “pyrophyte” : les incendies favorisent sa reproduction, et dont il favorise la propagation. Ses aiguilles sont d’une année sur l’autre de plus en plus inflammables : Sèches elles vont être stockées dans un enchevêtrement de branches mortes tout au long du tronc, créant ainsi ce que les forestiers nomment une “échelle à feu”. Enfin ses cônes sérotineux, enduits d’une cire, vont s’ouvrir au passage du feu, sous l’effet de la chaleur et libérer une grande quantité de graines qui vont trouver sur la couche chaude de cendres un milieu propice à leur germination.

Au-delà des arbres eux-mêmes, c’est la pinède à pins d’Alep dans son ensemble qui favorise l’incendie, dans la mesure où le couvert de Pin d’Alep laisse filtrer suffisamment de lumière pour permettre le développement d’une strate arbustive puissante. La combustion de cette strate arbustive communiquera l’incendie aux houppiers des pins dont les feuillages sont fortement inflammables.

Invasif ou dynamique ?

Il a un potentiel de régénération exceptionnel, une bonne adaptation à des milieux instables, aux stress climatiques et aux perturbations. Il est ainsi un modèle d’espèce expansionniste, capable de conquérir du terrain partout où tout autre arbre serait en difficulté. Le pin d’Alep est donc une essence de reconquête, un arbre pionnier par excellence, qui accroit son territoire au gré des perturbations, des incendies et de l’abandon des cultures… C’est une de ses principales propriétés, et certainement celle qui lui vaut cette réputation d’être envahissant.

En réalité, ce rôle d’arbre pionnier est indispensable à l’émergence d’autres espèces forestières incapables de germer/pousser en plein soleil.

La pinède est ainsi un stade intermédiaire, entre la garrigue et la forêt mature qu’est la chênaie verte !

Arbre à favoriser ou à limiter ?

Cela dépend où…

Près des habitations où il faut limiter le risque incendie, ou dans les secteurs où subsistent encore de belles pelouses méditerranéennes riches en biodiversité, il est pertinent de limiter son expansion. Par contre, dans les secteurs forestiers de cœur de massifs (Clape, Fontfroide, …), le pin d’Alep prépare l’arrivée du chêne vert, stade ultime de la forêt en région méditerranéenne. L’enjeu est alors de protéger ces forêts contre les incendies, dont, rappelons-le, 90% des départs sont d’origine humaine…